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Politique & Société

Fils du Risorgimento : la jeunesse italo-française qui ravive la flamme républicaine

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Fils du Risorgimento : la jeunesse italo-française qui ravive la flamme républicaine

Il existe, dans les archives de certaines familles franco-italiennes, des lettres jaunies, des photographies sépia, parfois une médaille gravée d'une étoile à cinq branches. Ces reliques domestiques témoignent d'une appartenance que deux générations de silence ont failli effacer : celle des volontaires qui rejoignirent, depuis la France, les colonnes de Garibaldi pour forger l'unité italienne. Aujourd'hui, leurs descendants — souvent jeunes, souvent engagés — s'emploient à exhumer ce passé avec une ardeur que les manuels scolaires n'avaient pas su éveiller.

Une mémoire familiale longtemps tue

Pour comprendre ce renouveau, il faut d'abord mesurer l'ampleur de l'oubli. Après 1871, les communautés italiennes établies en France — à Lyon, à Marseille, à Paris, dans les bassins miniers du Nord — se fondirent progressivement dans le tissu républicain français. Leurs engagements garibaldiens, perçus tantôt comme une excentricité romantique, tantôt comme une dangerosité politique, furent rarement transmis avec éclat. On en parlait à voix basse, entre adultes, lors des repas dominicaux. Les enfants écoutaient sans toujours comprendre.

C'est précisément cette transmission fragmentée qui, paradoxalement, suscite aujourd'hui une curiosité renouvelée. « Mon arrière-grand-père avait combattu en Calabre avec les chemises rouges. Je l'ai appris en déménageant, en trouvant une boîte en fer dans les affaires de ma grand-mère », confie Marco T., ingénieur lyonnais de trente-quatre ans, membre depuis trois ans d'une association de généalogie italo-française basée dans le Rhône. « Cette découverte a tout changé dans ma façon de me situer politiquement et culturellement. »

Des associations comme foyers de résurgence

À travers l'Hexagone, plusieurs structures associatives jouent désormais le rôle de passeurs entre la mémoire garibaldinne et les sensibilités contemporaines. Certaines sont anciennes, fondées au tournant du XXe siècle par des immigrants italiens soucieux de préserver leur identité. D'autres sont nées récemment, portées par des Franco-Italiens de la troisième ou quatrième génération qui cherchent, dans cet héritage, une boussole pour le présent.

À Marseille, l'association Fratellanza Mediterranea organise chaque année, au mois de juin, une commémoration sobre mais chargée d'émotion : une lecture publique de lettres de volontaires garibaldiens, suivie d'un débat sur les formes contemporaines de l'engagement citoyen. « Nous ne faisons pas du folklore », insiste sa présidente, une professeure d'histoire née à Gênes et naturalisée française. « Nous posons la question de ce que signifie encore, aujourd'hui, défendre une idée de l'unité populaire contre les nationalismes étroits. »

À Paris, le cercle Mille e uno — dont le nom évoque l'expédition des Mille de 1860 — rassemble des étudiants et des jeunes professionnels qui organisent des conférences, des projections de documentaires et des ateliers de traduction de sources primaires italiennes. Leur ambition est explicitement pédagogique : rendre accessibles des archives encore trop souvent réservées aux seuls spécialistes universitaires.

Le Risorgimento comme grille de lecture du présent

Ce qui frappe, dans ces initiatives, c'est la façon dont leurs animateurs articulent passé et présent sans jamais verser dans l'anachronisme naïf. Ils ne prétendent pas que Garibaldi aurait signé tel manifeste contemporain ou rejoint tel mouvement politique actuel. Ils s'attachent plutôt à identifier des principes — internationalisme, primauté du droit des peuples, méfiance à l'égard des pouvoirs cléricaux et autocratiques — qui leur semblent toujours opératoires pour penser les défis du XXIe siècle.

« Le Risorgimento, c'était aussi une leçon sur la nécessité de coalitions larges, de dépasser les querelles idéologiques internes pour avancer vers un objectif commun », analyse Chiara V., doctorante en sciences politiques à Sciences Po Paris, dont la famille paternelle est originaire de Palerme. « Dans un contexte européen où les populismes d'extrême droite fragmentent les sociétés, cette leçon reste d'une brûlante actualité. »

Cette lecture progressiste de l'héritage garibaldien n'est pas unanime — certains membres de la diaspora italienne en France revendiquent une interprétation plus nationaliste du Risorgimento —, mais elle est incontestablement dominante parmi les jeunes générations qui s'y intéressent. Pour eux, Garibaldi est avant tout un républicain internationaliste, un homme qui combattit sur trois continents pour des peuples qui n'étaient pas le sien, et non un précurseur du nationalisme exclusif.

Des initiatives culturelles qui débordent le cadre mémoriel

Au-delà des associations strictement mémorielles, l'héritage garibaldien irrigue également des projets artistiques et éducatifs originaux. Une compagnie de théâtre amateur bordelaise a monté, l'an dernier, une pièce retraçant le parcours d'un volontaire français ayant rejoint les chemises rouges en 1860 — un texte écrit à partir de sources historiques réelles, qui a attiré un public bien au-delà des seules communautés italo-françaises. Dans le Var, un lycée portant le nom de Garibaldi a engagé ses élèves dans un projet de recherche participative sur les Italiens de la région ayant pris part aux campagnes du Risorgimento.

Ces initiatives témoignent d'une vitalité qui dépasse le simple cercle des passionnés d'histoire. Elles signalent une aspiration plus large à des récits fondateurs alternatifs, capables de mettre en lumière des formes d'engagement citoyen qui transcendent les frontières nationales et les identités closes.

L'Europe comme horizon retrouvé

Il n'est pas anodin que ce renouveau de l'intérêt pour Garibaldi se produise dans un contexte de questionnement profond sur l'identité européenne. Pour beaucoup de ces jeunes héritiers, le général niçois — né dans ce qui était alors le royaume de Sardaigne, devenu français par le traité de 1860, combattant en Amérique du Sud, en Italie, en France — incarne une forme d'appartenance plurielle qui résonne avec leurs propres trajectoires binationales.

« Je suis française et italienne, et ces deux identités ne s'annulent pas, elles se renforcent », dit Elena M., graphiste parisienne dont le bisaïeul figura parmi les garibaldiens de l'Armée des Vosges en 1870. « Garibaldi a vécu ça avant nous. Il a montré qu'on pouvait aimer plusieurs peuples avec la même intensité. »

C'est peut-être là le legs le plus durable que ces enfants du Risorgimento entendent préserver : non pas une nostalgie figée, mais une manière d'être au monde — ouverte, combative, fraternelle — qui refuse de se laisser enfermer dans les frontières de l'identité exclusive. La chemise rouge, en ce sens, n'a pas fini de changer de mains.

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